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  • Mariem Bchir

Que peut apprendre la Tunisie du système éducatif taïwanais?

Updated: Oct 20, 2019

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L'image et le statut social des enseignants souffrent d'un déclin continu dans le monde entier. Au cours des dernières décennies, les jeunes générations tunisiennes n'ont pas concouru pour accéder à la profession d'enseignant. Aujourd'hui, l'enseignement est devenu leur dernier choix. Les étudiants veulent devenir des entrepreneurs, des ingénieurs, des médecins et des avocats, puisque ces domaines apportent à la fois du prestige et un bon revenu. Malheureusement, ce phénomène a un impact négatif sur la qualité de l'enseignement dans le monde entier, y compris en Tunisie. Une bonne part des enseignants ne sont ni passionnés ni motivés. Ce qui est encore plus alarmant, c'est que même les éducateurs passionnés perdent rapidement cette patience une fois entrés dans le système. Tandis que cette tendance devienne de plus en plus mondiale, le Taiwan semble être l’anomalie. Les enseignants taiwanais semblent occuper une position respectable dans la société taïwanaise. En fait, «des enquêtes menées à la fois dans les zones citadines et rurales du Taïwan montrent que plus de 80% des enseignants du primaire et du secondaire sont satisfaits de l'environnement éducatif que ce soit motivation personnelle que conditions de travail »[1]. Les meilleurs étudiants s'inscrivent à des programmes éducatifs et concourent à devenir enseignants. Cet article tente d'explorer les facteurs qui ont contribués à former la bonne image des éducateurs, à attirer des éléments talentueux et à les retenir. Cet article n’a pas pour but de copier aveuglément l'exemple taïwanais.

La perception des enseignants taïwanais est fondée sur le respect traditionnel des éducateurs et sur une réforme gouvernementale centrée sur l'enseignant.

Avant d’examiner les politiques gouvernementales ayant eu une incidence positive sur le recrutement et la rétention des enseignants, examinons ce qui aurait pu être une source d’inspiration pour eux :

Influence culturelle chinoise et japonaise :

Les Taiwanais ont toujours perçu l’enseignant comme un érudit (jingshi), une figure morale (renshi) et une personne à qui tout le monde devrait se tourner (sensi). En d'autres termes, l’enseignant avait le pouvoir unique de former les jeunes générations par ses connaissances, ses valeurs et son caractère. Par conséquent, traditionnellement, les enseignants étaient "toujours placés au même niveau que le ciel, la terre, l'empereur et les parents (tien, di, jun, qin, shi) dans leurs temples religieux". Nous pouvons observer ce haut respect dans la célébration de la journée des enseignants au Taïwan où "des cérémonies officielles ont lieu dans le temple de Confucius pour commémorer le « Maître suprême ». C’est aussi une occasion de rendre hommage aux éminents professeurs d’aujourd’hui qui incarnent l’idéal des personnes morales de la connaissance (jingshi renshi)". En outre, lors de la colonisation japonaise, les étudiants taïwanais n’avaient qu'un accès limité aux domaines de la médecine et de l’éducation qui donnaient aux enseignants le même prestige que celui des médecins à l'époque.

Les enseignants au Taiwan ont des incitations pour rejoindre une filière pédagogique et l’adopter en tant que carrière.

En plus de la prestigieuse image historique de l’enseignement en tant que profession, le gouvernement taïwanais a investi des ressources considérables dans le recrutement d’étudiants talentueux dans les établissements de formation d’enseignants (par exemple, la National Taiwan Normal University).

Des Incitations à suivre les programmes d'éducation

Pendant plus de deux décennies, ils ont offert des "dispenses de frais de scolarité, une chambre et un repas gratuits, ainsi que des subventions pour l'achat des livres et des vêtements", attirant ainsi des étudiants qui auraient pu devenir médecins ou ingénieurs. Bien que le gouvernement ait récemment annulé l'aide financière, cette dernière a eu un impact positif sur la qualité des enseignants taïwanais.

Des Incitations à poursuivre leur carrière d'enseignant

En ce qui concerne la rétention des enseignants, à ce jour, les éducateurs travaillant dans les écoles publiques ont plusieurs avantages pour rester dans leur poste. À la fin de leurs études universitaires, les enseignants sont affectés à des écoles publiques dans le but de servir pendant au moins cinq ans en contrepartie de leur formation pédagogique gratuite. De plus, leur salaire d'entrée est supérieur de 25% au salaire moyen des diplômés universitaires. La rémunération de l'enseignant comprend des avantages tels que:

  • Deux mois de vacances d’été et un mois d’hiver (salaire annuel avec prime de 1,5 mois)

  • Exonération de l'impôt sur le revenu (pour les enseignants du primaire et du premier cycle du secondaire)

  • Un programme de retraite financé par le gouvernement avec la possibilité de prendre sa retraite dès l'âge de 50 ans avec une pension complète (égale à 75 voir 95% de leur salaire) et le total des prestations.

La Tunisie devrait commencer à investir des ressources dans les enseignants qui ne sont pas exclusivement monétaires.

Bien que l'exemple du Taiwan soit prometteur et mérite d'être suivi, la Tunisie n'est pas le Taiwan, économiquement parlant. Notre pays n'a pas les ressources du Taiwan. Cependant, l'avenir de nos jeunes ne devrait pas dépendre du sacrifice de nos enseignants. Voici des suggestions pour motiver nos enseignants :


1- Bien les préparer

Le test d’entrée (CAPES) ne mesure pas le degré de préparation des enseignants avant d’entrer en classe. Les éducateurs doivent suivre une formation initiale leur fournissant la théorie et une expérience en classe. Une telle préparation existe, peut-être en partie, en Tunisie, mais elle ne touche pas la plupart des nouveaux éducateurs et la qualité pourrait être améliorée.


2- Donnez-leur l'autonomie

Bien que le rôle de l’inspecteur soit essentiel en ce qui concerne l’orientation et le mentorat, il semble qu’il exerce une pression supplémentaire sur les éducateurs et suscite la peur dans leurs relations avec leurs mentors. Je suggère de donner aux enseignants une plus grande autonomie dans la manière dont ils décident pour concevoir leurs plans de cours et les donner tant qu'ils atteignent les objectifs d'apprentissage du programme. Ici, les superviseurs peuvent donner des suggestions facultatives et des commentaires objectifs qui responsabilisent les éducateurs et les aident à améliorer leurs compétences. Donner aux enseignants l’autonomie dont ils ont besoin libérera leur créativité et leur innovation pour répondre aux besoins des élèves et ajoutera plus d’enthousiasme et de passion à leur vie quotidienne.


3- Reconnaître leurs efforts

Les pires employeurs sont ceux qui ne sont pas ouvertement reconnaissants des efforts de leurs employés. Les enseignants sont des êtres humains dont la motivation repose en partie sur des facteurs extrinsèques. Il est essentiel de créer des opportunités pour célébrer tous les enseignants et en particulier ceux qui ont dépassé les attentes. Cela pourrait prendre la forme d’une cérémonie spéciale dédiés aux enseignants ou d’un rituel de gratitude dans les écoles. Ici, il est possible d'être créatif et généreux.


4- Fournir un environnement de travail sain

Cela inclut l'infrastructure des écoles qui manque simplement des éléments de base (fenêtres, tables, tableaux, toilettes sanitaires, etc.) ainsi qu'une ambiance positive dans les écoles. Nous devons commencer à nous assurer que nos écoles sont propres et hygiéniques afin que les enseignants, ainsi que les étudiants, puissent utiliser les toilettes et les autres ressources de l’école. Deuxièmement, nous devrions fournir aux enseignants les ressources dont ils ont besoin pour qu’ils ne dépensent pas leurs modestes salaires, par exemple en papiers d’impression. Le ministère et les écoles doivent adopter plusieurs méthodes de collecte de fonds pour fournir les éléments essentiels. Troisièmement, il est temps de rendre les écoles plus accueillantes et remplies d’énergie positive. Cela pourrait être aussi simple que d’avoir le directeur qui salue les élèves et les enseignants avec un sourire à la porte au lieu de se tenir comme un gardien pour s’assurer que les élèves portent leurs uniformes. Nous devons commencer à créer une culture saine dans nos écoles pour que les enseignants et les élèves se sentent en sécurité et enthousiastes à l'idée d'aller à l'école.


5- Fournir un soutien psychologique

Élever nos propres enfants est une tâche relativement difficile, imaginez comment encadrer deux classes de 30 élèves. Les enseignants ne transmettent pas seulement des connaissances aux élèves ; ils les influencent de manière globale puisqu'ils passent plus de temps avec eux que leurs parents. Ceci implique la nécessite de fournir une aide psychologique en cas de besoin. En outre, une prise en charge de leur santé mentale doit être prise considération lors de la préparation de l’année scolaire.


6- Investir dans leur apprentissage

La recherche en éducation a énormément évolué au cours des dernières décennies. Tant de théories ont été testées et de nouvelles pratiques ont été développées pour éclairer l'enseignement et l'apprentissage. Par conséquent, il est important que nos éducateurs soient au courant des nouvelles découvertes et appliquent les pratiques les plus récentes dans leurs classes.


7- les évaluer équitablement

Évaluer les enseignants en fonction des résultats des étudiants au baccalauréat n’est pas juste. Premièrement, les résultats des élèves sont soumis à d'autres facteurs plus influents. Par conséquent, il est difficile de conclure à un lien de causalité direct entre les performances de l’enseignant et les résultats des tests des élèves. Cela va sans parler de la nature problématique des tests et de leur incapacité à refléter réellement les compétences acquises par l’élève. Il est essentiel de commencer à examiner les performances des enseignants d’un point de vue plus global, en tenant compte de l’engagement des élèves en classe, des commentaires des étudiants et de la valeur ajoutée des enseignants.


[1] Fwu, Bih-Jen, and Hsiou-Huai Wang. “The Social Status of Teachers in Taiwan.” Comparative Education, vol. 38, no. 2, 2002, pp. 211–224. JSTOR, www.jstor.org/stable/3099785.


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